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Mythe et images du Juif au Québec, commenté par Yves Thériault

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par Yves Thériault, écrivain

Dans son livre Mythe et images du Juif au Québec (éditions de Lagrave), Victor Teboul, tout en explorant la présence du Juif dans la littérature du Québec, nous en donne aussi la "présence". C'est-à-dire la nature restrictive de son appartenance et, faut-il le dire, le degré d'anti-sémitisme des auteurs québécois. Des auteurs, bien sûr, mais des lecteurs aussi. Car il est bien évident que, lecteurs se confondant aux auteurs, ce qui a été écrit ici sur les Juifs l'a été par des gens qui, d'abord, avaient été moulés dans le moule Canadien-français, dont on sait qu'il fait du "maudit Juif" une expression quotidienne et traditionnelle.

J'ai moi-même écrit un roman, Aaron, qui se voulait juif, un roman qui fuyait délibérément tout anti-sémitisme, où je ne voulais m'attacher qu'au drame, que je déplorais, du Juif orthodoxe aux prises avec le monde nord-américain. Abordant le sujet avec respect et pitié, sans avoir voulu consciemment mépriser le sémite, je vois que dans ma façon même de décrire certains aspects de la personne juive, je n'ai peut-être pas montré d'antisémitisme comme tel, mais j'ai instinctivement utilisé des adjectifs parfois dérogatoires, ou à tout le moins des comparaisons qui pouvaient être interprétées défavorablement.

Pourtant, ce roman avait eu une histoire assez bousculée. Il originait d'un texte de radio de trente minutes, réalisé à CKAC. Montréal, par Olivier Mercier-Gouin, et qui nous avait gagné tous les deux le Beaver Award dans sa catégorie, un trophée intra-muros de la radio qui reste très convoité. J'avais reçu, après l'émission, une dizaine d'appels téléphoniques, la plupart anonymes, qui n'étaient pas tendres et qui démontraient chez les interlocuteurs, un racisme virulent. Il ne s'agissait plus seulement des Juifs, mais de "maudits importés," et comme le dit si bien Teboul, on en arrive à voir les Juifs comme le symbole de tous ces "étrangers qui viennent ici, selon les dires Québécois, "prendre nos jobs" (tout Québécois qui consentirait à travailler autant, et dans les mêmes conditions, n'aurait pas à craindre la substitution, mais ceci est une autre histoire). Teboul prouve, via les Juifs, que le Québécois est raciste, tout en apparaissant d'abord anti-sémite. Après la parution de mon roman tiré du texte précité, on me reprocha d'emblée "d'ignorer les Québécois". Des amis que je ne soupçonnais pas de racisme me firent grise mine, et un critique fort bien coté d'Ottawa revira mon Aaron d'un tournemain en disant que c'était la pire chose que j'avais écrite à ce jour. Ce n'est rien de nouveau que cette attitude par-devers l'étranger au Québec, et il ne faudrait pas s'en surprendre. D'ailleurs l'on n'a qu'à voir le mépris que manifestent une majorité de Canadiens-français pour les Italiens. Pourtant les Italiens sont le plus souvent infiniment plus proches de nous que ne le peuvent être les Parisiens ou les Français de France en général. Cette intolérance raciale atteint toutefois son apogée quand il s'agit des Juifs. Et l'on est stupéfait de constater, grâce à l'infinité de citations de Teboul, que peu d'écrivains québécois ont échappé à ce sentiment. L'adjectif est dérogatoire ou trop généralisant. Il semble y avoir surtout une habitude de cataloguer le Juif selon des normes improvisées mais tenaces.

C'est un livre bien fait, ramassé, surprenant à lire et souvent décourageant. Nous y passons tous, même Yvon Deschamps. Bien entendu, Teboul n'a pas trouvé partout de racisme cruel, ce qui serait affreux. Mais il a trouvé du préjugé dans son sens le plus précis, et cette manie de cataloguer d'emblée, sans tenir compte des variantes normales, humaines, qui devrait rendre le personnage à tout le moins différent selon son caractère propre, individuel. Le Juif a donc une présence dans la littérature québécoise, une présence que je n'aurais crue si abondante, et cette présence n'est que rarement plaisante, ou même tolérante. C'est dire que, malgré tout, l'on en apprend à tout âge. Moi, en tout cas, j'avoue en avoir appris beaucoup.

Pensez que nous y passons à peu près tous, même Gabrielle Roy, même Laurendeau, et je l'ai déjà nommé, Yvon Deschamps. Romanciers, critiques littéraires, critiques de cinéma, essayistes, éditorialistes, et jusqu'à Lionel Groulx. L'épluchage a été total, les citations abondantes et bien commentées. Il s'agit d'une simple thèse, au demeurant fort bien structurée, mais elle constitue un livre aussi révélateur que fascinant.

Le Livre d'ICI. Vol. 3 No. 40, 12/7/78, p. 1.

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